Aimer, désirer, être en lien ne relève pas uniquement de la volonté ou de la communication.
Lorsque le corps se sent en danger, le lien se tend, le désir se coupe et la relation se rigidifie.
À partir de la Théorie Polyvagale (TPV), ce webinaire propose une lecture fine et incarnée du couple et de la sexualité, en mettant au cœur de la relation un élément souvent négligé : le système nerveux.
Quand le corps retrouve un sentiment de sécurité, la relation peut redevenir fluide, la présence s’approfondit et le désir circule à nouveau, chez les patients comme chez les professionnels qui les accompagnent.
Ce webinaire vous invite à réguler pour mieux aimer, car on ne peut pas aimer quand le corps se sent en danger, mais il est toujours possible de réenchanter le lien dès que la sécurité revient.
Programme du webinaire
Théorie polyvagale, couple et sexualité : le corps avant les mots
La théorie polyvagale relie le couple, la sexualité et le système nerveux autonome. Lors de son webinaire pour Sowell Formations, la sexologue et thérapeute de couple Audrey Souchay part d’un postulat simple : on ne peut ni aimer ni désirer vraiment quand le corps reste en insécurité. Ce mini-cours reprend le fil de son intervention pour les praticiens de la relation d’aide qui accompagnent le lien, le désir et le trauma en cabinet.
Le postulat : pas de désir sans sécurité du corps
Audrey Souchay reçoit en cabinet des couples et des personnes en difficulté avec leur sexualité. Très vite, elle observe la même chose : des corps figés, en fuite ou en tension, incapables de s’apprivoiser dès les premiers rendez-vous. Son constat sert de fil rouge à tout le webinaire. Quand le corps est en stress, ni le désir ni le lien ne circulent, quels que soient les mots posés dessus.
La théorie polyvagale, ou TPV, met ce corps au centre. Elle éclaire ce qui se joue dans le système nerveux avant même que le patient puisse mettre des mots sur son vécu. Pour un thérapeute de couple ou un sexothérapeute, elle ouvre une grille de lecture clinique du désir, du figement et de la répétition des conflits conjugaux.
Le corps parle avant la pensée
Longtemps, la relation d’aide a fonctionné dans un sens : je pense, donc je ressens. La TPV inverse cette logique. D’après les travaux cités pendant le webinaire, près de 80 % des informations nerveuses remontent du corps vers le cerveau, et 20 % seulement descendent en sens inverse. Le corps envoie l’information, le cerveau l’interprète ensuite. Audrey Souchay renvoie ici aux travaux du neuroscientifique Antonio Damasio.
La conséquence clinique est directe. Un cœur qui s’accélère ne dit pas de lui-même s’il bat pour le désir ou pour la peur. L’élan vers l’autre et l’alarme face à un danger produisent des sensations proches. La plupart des patients n’ont jamais appris à les distinguer. Dès l’enfance, on apprend à taire les messages du corps : ne pas bouger, ne pas écouter la soif, tenir en place. Le praticien retrouve en cabinet des personnes coupées de leurs sensations, incapables de nommer ce qui se contracte ou se relâche en elles.
Le trauma, une mémoire inscrite dans le corps
Le webinaire relie sexologie et psychotrauma, et c’est un point clé pour les praticiens. Le souvenir se loge dans la tête, mais la mémoire du trauma reste dans le corps. Quand une expérience se termine, l’organisme ne sait pas toujours qu’elle est finie. Un reliquat d’énergie reste coincé, prêt à se réactiver au moindre signal.
Cette empreinte concerne large. Agression sexuelle, mais aussi IVG, maladie, accident, violences gynécologiques, proctologiques ou urologiques : toute expérience marquante inscrite dans le bassin peut modifier la relation à l’autre. Au toucher, à l’odeur, au regard, au désir. Le corps garde une trace qui rend le lien insécure. Face à cette insécurité, il ne dispose que de trois réponses de survie, la fuite, le combat et le figement. Aucune ne permet une sexualité ou une relation apaisée.
La théorie polyvagale : la carte du système nerveux
La théorie polyvagale a été formalisée par Stephen Porges, à partir de ses recherches sur les personnes traumatisées et leur système nerveux autonome. On connaissait déjà les deux branches classiques. Le sympathique, l’accélérateur du corps. Le parasympathique, le frein.
L’apport de Porges tient au nerf vague, ce nerf longtemps resté énigmatique. Il distingue deux voies dans le parasympathique. Une voie dorsale qui fige, immobilise et sidère quand le danger paraît sans issue. Une voie ventrale qui ramène la sécurité, réactive les hormones du bien-être et rend le lien possible.
Au cœur du modèle, la neuroception. C’est la capacité du corps à capter, en interne comme en externe, s’il est en sécurité ou en danger, avant toute conscience. Selon ce que la neuroception détecte, l’organisme se lie ou passe en survie. Audrey Souchay cite une estimation de Peter Levine, fondateur de la Somatic Experiencing, selon laquelle une large majorité de la population vivrait en état de dérégulation, en alerte ou en figement dans des situations pourtant sûres. Le système nerveux perd alors sa flexibilité et ne sait plus revenir à la sécurité. Ces prédominances se lisent aussi à la lumière des théories de l’attachement, ce qui relie la TPV au reste de la clinique du lien.
Les trois animaux de survie
Pour rendre ces états lisibles en séance, Audrey Souchay utilise trois figures animales. Un outil concret, transposable avec les patients comme avec les familles.
- L’antilope, la fuite.Premier état d’alerte. Le corps sent l’insécurité et cherche à s’échapper : fuir la relation, le toucher, se fuir soi-même, se dissocier. Une protection qui a pu être utile un jour, devenue inadaptée au présent.
- La louve, le combat. Quand la fuite n’est plus possible, la relation devient un champ de bataille. État de méfiance, logique du « l’un de nous deux survivra ». Sur le plan physiologique, le système sympathique s’active : température, cognition et tension des mâchoires changent.
- L‘opossum, le figement. Quand ni la fuite ni le combat ne fonctionnent, la voie dorsale prend le relais. Baisse du tonus, chute de la chaleur corporelle, anesthésie, honte, culpabilité. Vu de l’extérieur, cela ressemble à du désintérêt. À l’intérieur, la personne se sent en danger de mort. Cet état est fréquent après un trauma sexuel et chez les profils d’attachement évitant.
Dans le couple, ces états se répondent. Plus l’un fuit, plus l’autre combat, plus l’un combat, plus l’autre fuit. Audrey Souchay parle d’un tango, pas d’une danse improvisée. Nommer l’animal actif chez chacun désamorce le conflit et remplace le reproche par de la compassion.
Réguler pour aimer : la flexibilité vagale
La compétence à développer porte un nom : la flexibilité vagale. L’image proposée est parlante. Sans elle, la relation ressemble à une autoroute pied au plancher, sans frein ni sortie. La régulation permet de ralentir, de trouver les aires d’arrêt et de faire de nouveau confiance à son corps. Audrey Souchay détaille plusieurs leviers concrets, à travailler pour soi comme avec les patients.
- Baisser le stress biomécanique. Le stress se loge à trois endroits : les yeux, les trapèzes, le psoas. Un exercice de base, fait en direct pendant le webinaire, consiste à poser les pieds au sol, ouvrir la cage thoracique et tourner lentement la tête pour regarder derrière soi, une trentaine de secondes de chaque côté. Le corps sent un frein s’installer. Le psoas, souvent bloqué après un trauma du bassin, gagne à être étiré et remis en mouvement.
- Décharger l’énergie. La mémoire traumatique reste dans le corps. La TRE de David Berceli, thérapie du tremblement, aide à libérer le reliquat d’énergie coincé. Danser, bouger, laisser trembler : l’animal qui vient d’échapper à un prédateur tremble pour se réguler, quand l’humain a appris à se contenir.
- Respirer. Cohérence cardiaque, soupir intentionnel, respiration au carré, méditation. La respiration vient après la décharge, car un corps encore saturé ne respire pas librement.
- Couvrir les besoins primaires. Hydratation, alimentation, sommeil, silence, sensorialité. Des appuis simples, souvent oubliés, qui conditionnent la capacité à se réguler.
- Activer ses ressources. L’énergie de vie, aussi énergie sexuelle, se recharge par des activités qui régénèrent : le mouvement, la nature, un art, tout ce qui génère de la joie dans le corps. Beaucoup de patients sans désir sont d’abord des patients sans ressources.
La corégulation et la posture du praticien
On ne met pas un couple en sécurité avec des mots seuls, même bienveillants. On le met en sécurité par une expérience corporelle régulée : se toucher les mains, se regarder, être en présence. Ce contact crée de l’ocytocine et pose une base solide pour la thérapie de couple ou la sexothérapie. En séance, Audrey Souchay regarde d’abord les réponses corporelles du patient, avant sa parole.
Cette approche engage aussi le thérapeute. « On est notre propre outil », rappelle-t-elle. Plus la présence du praticien est régulée, plus son système nerveux entre en résonance avec celui du patient, et plus la sécurité s’installe d’elle-même. La régulation du soignant devient un levier de corégulation. Ce point renforce l’exigence de supervision et de travail sur soi, au cœur de la posture professionnelle.
Le webinaire insiste enfin sur le cadre. La sexologie se pratique en pluridisciplinarité, avec sages-femmes, urologues, gynécologues, psychologues et psychiatres. Aucun accompagnement sérieux ne se fait sans bilan médical préalable. Un repère utile pour distinguer une pratique clinique cadrée d’une approche qui le serait moins.
Questions abordées en fin de séance
L’échange qui suit la présentation prolonge plusieurs points cliniques.
- Preuves et discussions scientifiques. La TPV s’appuie sur de nombreuses études, notamment sur le lien entre régulation vagale et inflammation. Audrey Souchay renvoie aux écrits de Stephen Porges et aux travaux de Deborah Dana pour approfondir.
- Déséquilibre hormonal et sexualité. La réponse sexuelle est dopaminergique. Un trouble hormonal, une préménopause, un traitement en cours modifient le désir. D’où l’intérêt de vérifier le versant physiologique, dosages et pathologies, avant de travailler la dimension psycho-émotionnelle.
- Attaques de panique et sensations intenses. L’accompagnement dépend de l’intensité et de la régularité des crises. Après un travail d’alliance et de reconnaissance des sensations, des approches comme la pendulation de Peter Levine, la TRE ou l’EMDR peuvent être mobilisées.
Pour aller plus loin
La théorie polyvagale appliquée au couple et à la sexualité ouvre un champ de travail exigeant, entre clinique du lien, sexologie et psychotrauma. Pour la creuser dans un cadre universitaire, le diplôme universitaire Couples & Sexualités aborde la dynamique du couple, la sexualité et ses moments de vie, les approches et les outils thérapeutiques, sous la direction pédagogique d’Alain Héril. Le lien entre corps et trauma évoqué ici prolonge aussi le DU sur l’accompagnement des psychotraumatismes
Audrey Souchay est elle-même passée par ce parcours. Ancienne étudiante de Sowell Formations, elle a suivi le DU Psychopathologie d’Alain Héril et y a consacré son mémoire à l’addiction sexuelle et au stress post-traumatique, deux sujets au cœur de son intervention. Un parcours qui montre comment ces cursus se répondent pour construire une pratique spécialisée du couple et de la sexualité.
La formule de clôture d’Audrey Souchay tient en une phrase : la paix des couples commence par la paix du corps.
Vous pouvez revoir le webinaire en replay en cliquant sur le lecteur vidéo en haut de cette page.
À qui s’adresse ce webinaire
Ce webinaire s’adresse aux professionnels de la santé, de la relation d’aide et du bien-être qui :
- accompagnent des personnes ou des couples autour des questions de lien, de relation et de sexualité
- souhaitent enrichir leur compréhension clinique du couple et de l’intimité
- désirent aussi prendre soin de leur propre équilibre relationnel et corporel
L’objectif : Réguler son système nerveux pour mieux se connecter. Parce qu’on ne peut pas aimer quand le corps se sent en danger…mais on peut réenchanter le lien dès que la sécurité revient.
En participant à ce Coffee Talk, vous pourrez :
- Acquérir une nouvelle grille de lecture clinique pour comprendre le lien, le couple et la sexualité à partir du fonctionnement du système nerveux (TPV).
- Comprendre comment développer la flexibilité vagale de vos client-es afin de favoriser le retour à la sécurité, au lien et à la présence, à partir d’exemples concrets et d’approches corporelles.
- Renforcer votre posture professionnelle, en prenant en compte votre propre régulation comme levier essentiel de sécurité et de co-régulation dans la relation d’accompagnement.
À propos d’Audrey Souchay
Sexologue et thérapeute de couple, Audrey Souchay accompagne les personnes et les couples dans la compréhension et la transformation de leurs dynamiques relationnelles et sexuelles.
À travers sa pratique clinique et sa Méthode CONNECT’, elle propose une approche intégrative du lien, de la sexualité et du corps, en s’appuyant sur des repères cliniques solides et une lecture fine des mécanismes de sécurité, de présence et d’attachement.
Informations pratiques
📅 Jeudi 2 juillet 2026
⏰ 19h30 (heure française)
⏳ Durée : environ 1 heure
📍 En ligne – un lien de connexion vous sera envoyé après inscription
💰 Tarif : gratuit